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ABRACADABAR (Paris) – le 3 juillet 2017

July 3, 2017

Ekotumi:

Ah, que c’est triste de voir un numéro de téléphone écrit sur une petite pièce de papier dans une gouttière remplie de l’eau. Je ne pense pas que la personne qui a donné son numéro à quelqu’un va recevoir l’appel attendu, et ça, franchement, est déchirant. Ou, peut-être que c’est réconfortant: moi, j’avais pensé que la pratique de donner les numéros de téléphone aux gens sur les petites pièces de papier était morte, mais, peut-être que non, au moins pas complètement, et, quand il demeure un pouls, il demeure la possibilité d’une résurrection. Ces jours ci, j’avais pensé que la pratique courante était d’appeler le téléphone (portable) de la personne à qui tu voulais donner ton numéro, après quoi cette personne ‘sauvegarderait’ le numéro concerné dans son téléphone (portable), ce qui manque, totalement, de romance. Dans ma jeunesse, il restait, encore, un certain élément de romance dans le monde. Si on pensait qu’on aurait envie, plus tard, de parler à/appeler quelqu’un, on écrirait son numéro de téléphone sur une pièce de papier, et, voilà, le processus magique serait commencé. Quand il fallait, encore, appeler les maisons de la personne à qui on voulait parler, on risquait de, au début, parler à une personne qui n’était pas la personne souhaitée, par exemple, un des parents de la personne concernée – cette personne demanderait qui tu es, ou, si tu étais quelqu’un qui appelait souvent, ça ne serait pas forcément nécessaire, et, parfois, le/la parent de la personne à qui tu voulais parler te parlerait aussi, pour savoir comment tu vas, et(cætera). C’était, vraiment, un beau processus, qui était maintenant, j’avais pensé, perdu, mais, ce numéro de téléphone que j’ai vu dans la gouttière remplie de l’eau ce matin m’a donné espoir. La romance du passé n’est pas, encore, complètement morte, mais, cette mort est presque arrivée, et ce sera un jour triste quand on perd la capacité d’écrire nos numéros de téléphone sur les petites pièces de papier – un aspect de notre passé, le passé humain, sera, pour toujours, perdu, mais (!), à compter ce matin, je peux confirmer que cet art existe encore, même s’il ne tient qu’à un fil.

J’ai une amie qui a récemment pris un abonnement pour aller au gymnase, pour faire du sport, du yoga, et(cætera). Quand elle m’a dit qu’elle avait fait ça, j’étais, au début, assez impressionné – il faut beaucoup d’enthousiasme pour faire du sport, seulement à l’égard du bien-être de soi, sans aucun autre but. Je crois que les professionnels de santé sont d’accord que c’est une bonne chose de faire du sport (de temps en temps), seulement à l’égard du bien-être de soi, aussi. Mais, ce matin, en marchant au cabinet de mon psychiatre (conventionné secteur un), j’ai vu un homme entrer dans un gymnase, et …. putain qu’il avait l’air absolument ridicule, tout comme tout le monde qui est, sans doute, dans le gymnase, en faisant du sport, à l’égard de son bien-être. Il n’y a rien de plus ennuyeux que de faire du sport …. à l’égard du bien-être de soi. Je vois des gens en train de faire du jogging dans la rue – j’ai l’impression qu’ils s’ennuient. Hier, j’ai vu une jeune femme en train de faire du jogging – malgré le fait qu’elle faisait du sport (à l’égard de son bien-être), elle trouvait la force, quand même, de sourire à deux enfants, deux enfants tellement embêtants, qui étaient apparemment incontrôlables, si on peut croire les très faibles efforts de leur mère de les contrôler …. elle n’essayait même pas de les contrôler, ce qui impliquerait, à mon avis, qu’ils sont incontrôlables, et que, donc, ils ne méritaient pas des sourires des joggeurs/joggeuses. Mais (!), les joggeurs/joggeuses sont atteints par l’euphorie du coureur, et donc, leurs actions sont incontrôlables et ne sont pas faites par leur propre volonté, et donc, c’est une erreur de prendre leurs actions au sérieux.

Vu l’immense idiotie des joggeurs/joggeuses dans la rue, il faut imaginer que dans un gymnase l’idiotie qui nous entoure est totale: les gens en train de faire du jogging mais n’allant nulle part, les autres gens faisant de la merde sur les accessoires de musculation tellement bizarres, et(cætera). Je suis sûr que le genre de personne qui fait du jogging dans la rue ou dans un gymnase et qui fait les autres genres de bizarreries sur les accessoires de musculation étranges ne remarquent jamais les numéros de téléphones écrits sur des pièces de papier qui sont maintenant, tristement, dans une gouttière qui est remplie de l’eau. Et, même s’ils remarquent une telle vision, il est presque certain que ça ne les rendrait triste, parce qu’ils sont trop atteints par l’euphorie du coureur.

Après tout ça, j’ai vu une personne qui avait l’air tellement pressée entrer dans un supermarché. Vu qu’il avait l’air tellement pressé, on peut supposer qu’il marchait très vite en entrant dans le supermarché. Là, il ne faisait pas du sport à l’égard de son bien-être, mais il était, quand même, tellement bête. On peut marcher aussi vite qu’on veut dans un supermarché, mais ça va augmenter la probabilité qu’on passe devant les épiceries qu’on veut sans les voir, et, même après qu’on ait trouvé toutes les épiceries qu’on cherche, il va, quand même, falloir attendre dans la queue avec tous les autres clowns. Je pense que ce genre d’homme ne serait pas aussi pressé s’il ne passait pas tant de temps à se coiffer les cheveux ridiculement colorés les matins.

Je marche vite parfois aussi, même si je suis bien au courant que ça ne m’aide pas à atteindre plus vite ma destination. Après des concerts, par exemple, je marche vite parce que j’ai envie de finir ma chronique du concert, mais, en marchant vite je risque de ne pas voir quelque chose qui est tellement intéressant. Vu que ces jours ci je marche effectivement partout, j’envisage, parfois, d’acheter une carte ‘vélib’ (oh là là), sinon un vélo, mais, si je ne vois pas, peut-être, des choses intéressantes quand je marche vite, il est certain que je raterais ces choses si j’étais à vélo. Ca fait longtemps que je ne me suis pas baladé à vélo, et j’ai véritablement peur que j’aie oublié comment me balader à vélo, malgré l’expression, et, peut-être que ce serait ‘dangereux’ de m’arrêter abruptement aux moments complètement aléatoires pour regarder des choses. Il faut noter que quand je marche à pied et je vois quelque chose d’intéressant que j’ai envie de regarder que je ne m’arrête pas abruptement, risquant d’énerver des gens derrière moi.

J’ai remarqué, quand il a fait chaud pendant quelques jours il y a une semaine ou deux, que des gens ont, véritablement, oublié comment vivre: des gens dans la rue s’arrêteraient tout d’un coup sans le moindre avertissement. Après qu’ils fissent ça, il faudrait que je m’arrête également tout d’un coup, sinon j’aurais risquer d’entrer en collision avec eux, ce que, je suppose, ils n’auraient pas apprécié. C’est un peu comme le phénomène, que j’ai remarqué quand j’ai conduit à Melbourne (australie (d’où je ne viens plus)), où, dès qu’il y a une seule goutte de pluie, certains (si pas la plupart des) gens oublient complètement comment vivre. C’est étrange que les conditions climatiques, qui varient naturellement, affectent ainsi des gens. Quand il neige, par exemple, certains gens fêtent, même si, évidemment, la neige n’est qu’une entrave – il faut marcher plus lentement que d’habitude, il faut faire attention quand on marche, parce que le danger de tomber est plus grand que d’habitude, il faut penser à quelles chaussures qu’on va porter parce que nos chaussures qui ont des trous risquent de ne pas être pratiques, et, de plus, nos pieds risquent de devenir très froids si la neige entre dans nos chaussures, et(cætera).

(Au café habituel, il y a une personne qui lit, audiblement (en faisant des gestes de la main), ce qui paraît être la poésie. Il est probablement académicien. Il a l’air fou.)

C’est très difficile pour moi de venir à l’Abracadabar. Comme on sait, le premier octobre deux mille seize j’ai fait une des pires (mais pas la pire (!)) crises de nerfs suicidaires de ma vie, en envisageant de sauter de la fenêtre de mon appartement au cinquième étage, et(cætera). La crise a commencé le matin (mais je ne savais pas à ce moment là), dans un bar du dix neuvième arrondissement qu’il faut que je passe devant pour venir à l’Abracadabar – j’étais dans un état euphorique après que j’aie quitté ce bar dans le dix neuvième arrondissement, donc, je ne me suis pas trop attendu à faire une crise suicidaire plus tard dans la journée. J’étais tellement en manque de sommeil, mais n’étant pas capable de dormir, je suis allé au cinéma MK2 quai de Seine, et pendant le film, j’étais au bord des larmes (ce n’était pas un film particulièrement triste): j’ai failli quitter la salle de cinéma avant la fin du film. En essayant de rentrer chez moi, il fallait que je traverse l’avenue de Flandre, mais …. je ne pouvais pas – il faut que je traverse l’avenue de Flandre quand je viens à l’Abracadabar. Et, Ekotumi, et, oui: je crois qu’elle est une artiste hyper intéressante, mais, je n’ai pas vu assez de son set pour être certain à cet égard. En étant, déjà, aussi traumatisé, l’approche tellement agressive du personnel de l’Abracadabar n’était pas du tout ce qu’il me fallait, et donc, j’ai pris la fuite après, à peu près, deux secondes.

Note: mon psychiatre n’était pas dans son bureau vers vingt deux heures le soir du premier octobre deux mille seize.

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