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ALICE 2

August 7, 2017

Et un jour, tu es venue, directement à ma porte. Une autre Alice. Toi, tu n’es pas du tout mon Alice, à qui je savais que je ne tiendrais jamais, mais, tu étais Alice quand même, et tu étais à ma porte.

Comment est-ce que tu es arrivée ici, devant ma porte? Moi, je ne t’ai pas du tout reconnu. Mais toi, tu savais qu’on s’est connus, et tu avais bien raison.

Toi, tu ne t’appelles pas Alice non plus, mais, dès que tu m’as dit que tu penses qu’on se connaît, je t’ai dit, ah oui, tu es Alice, et tu es devant ma porte, mais encore, tu ne m’as pas reconnu, et donc, tu m’as répété, oui, mais qui es-tu?

Enfin, je t’ai rappelé: on s’est connus en tant qu’enfants. Là, on était presque adultes. On ne s’était pas vus depuis six ans, mais toi, tu t’es souvenue de moi, mais pas de mon nom, ni de comment on s’est connus.

Si pas pour ta remarque, que tu es sûre qu’on se connaît, j’aurais fermé la porte après ton interrogation, et je n’aurais jamais pensé à nouveau à toi.

Mais voici. Deux anciens camarades, réunis par la perte d’un chat, et là, le sort brillait pour moi. Là, devant ma porte, ma propre Alice, pas celle des autres.

Et là, je t’ai répondu, non, je n’ai vu aucun chat, mais, peut-être que tu voudrais qu’on se revoie, et, on s’est bien revus …. une seule fois.

Toi, ton rêve maigre, mais un rêve quand même. Moi, ne comprenant pas pourquoi tu ne voudrais pas vivre une combinaison de tes deux ‘vocations’. Toi, tu savais parfaitement: l’une n’était jamais une vocation.

Tu tiens ton côté artistique à l’écart de ta vie professionnelle pour garder son intégrité, pour qu’il ne soit pas bâtard, ça, je comprends, mais, ta manière de gagner ta vie entre-temps …. douteuse. Satisfaisante, ‘artistiquement’?

Tu as bien vécu de cette pratique particulière? On le voudrait bien, parce que dieu sait que tu as vendu ton âme.

Mais, dieu sait qu’on vend, tous, nos âmes. Ca, c’est la nature de la vie. Dieu a créé la terre pour qu’on passe, tous, les vies complètement insatisfaisantes. C’est la nature de la vie. Ca, tu as bien compris, moi, je ne l’ai jamais accepté.

Et, pourquoi est-ce qu’on ne s’est jamais revus? Là, j’ai erré. Tu n’étais pas mon Alice, mais tu étais devant ma porte, et tu étais la seule Alice à qui j’aurais pu espérer tenir. Je n’ai jamais compromis …. tu aurais du être mon Alice.

Quand on était jeunes, tu n’as pas du tout ressemblé à ma vision d’une Alice. Quand on était presque adultes, tu n’aurais pas pu être une vision plus resplendissante: une Alice incarnée.

Est-ce que tu aurais été mon Alice? Je dirais qu’il est possible. Toi, à côté de chez moi. Toi, ayant perdu ton chat. J’aurais du te revoir …. une vie ratée.

Oui. Le destin, c’est le nôtre. Il fallait simplement que j’ouvre les yeux. Mais, j’ai rêvé. J’ai menti, j’ai dit que j’étais trop occupé. Ca, tu as accepté – encore, on ne s’est pas revus.

Mon Alice. Mon Alice. Toi, tu étais ma découverte. Le monde qui regarde fixement ne m’aurait pas regardé. Une soirée réussie. Jamais une deuxième.

Qu’est-ce qui s’est passé au cours de ces six années où on ne s’est pas vus afin que tu deviennes cette Alice de rêve?

Est-ce que nos anciens camarades ont remarqué ces changements profonds? Pas forcément. Moi, je t’ai connu en tant que fille. Pas en tant qu’adolescente. Mais, j’aurais du te connaître en tant qu’adulte. Vie, ratée.

Nos anciens camarades t’ont vu tous les jours. Moi, j’étais heureux de te voir en tant que jeune femme prête à vivre.

Pourquoi mon hésitation? L’amour de ma Becca? C’est possible. J’ai raté la vie pour un amour qui ne serait jamais réciproque. Quel destin –je l’ai ignoré.

J’ai aimé ma Becca jusqu’à longtemps après ton apparition devant ma porte, et également après notre seul rendez-vous. Je savais que ma Becca ne serait jamais la mienne – j’étais aveuglé.

Dieux veut qu’on compromette. L’erreur de ma vie c’est de ne jamais avoir eu cette capacité. Tu étais à ma porte, tu t’es souvenue de moi, on s’est revus …. une seule fois.

Comment est-ce que j’aurais pu te reconnaître? La fille devenue femme. La femme sans la moindre ressemblance à la fille.

Je me souviens de la fille. Une fille joyeuse, au moins un jour, une fois, par semaine. Ton père, il viendrait te chercher. Ah, que ton sourire était beau – il était honnête et radieux.

Toi, tout près de moi, toujours. Moi, sans le droit de venir quand je voulais. Je ferais peur à ton grand-père.

Et, comment ça se fait que tu vivais chez ton grand-père? Où était ton père? Une fois par semaine, cela arrêtait de te suffire?

Si je n’avais pas été seul chez moi, je t’aurais raté. Est-ce que c’est ce que j’aurais préféré? Après des mois, après des premiers mois, je me suis rendu compte de mon erreur. Là, c’était trop tard.

Mon Alice. La seule Alice que je n’aurais jamais pu connaître. Toi, un substitut, qui aurait pu être la mienne. Ma recherche de la perfection sera toujours sans fin. Je n’ai voulu que l’impossibilité. L’impossibilité, c’était mon Alice. Toi, là, devant ma porte, aurait du être ma perfection. Est-ce que ça aurait été le moindre compromis? Je ne sais même pas.

J’ai vu ton avenir. Je ne crois pas que tu aies trouvé un semblant de bonheur, mais, tu as trouvé une vie. Et si un jour je trouve une vie …. la vie était devant ma porte. Mon Alice était devant ma porte.

Mais qui est mon Alice? Laquelle? L’une, impossible. L’autre, devant ma porte.

Et, qu’est-ce que ta porte se cache, mon Alice? Ca, je ne saurai jamais.

Quand je t’ai retrouvé, tu étais assise devant ta porte. Il fallait un départ silencieux. Notre départ vers l’avenir.

Mais, est-ce que tu aurais jamais été la mienne? Mais, comment est-ce que je peux le savoir. Je t’ai laissé tomber, et tu es bien tombée.

Sans doute je rêve. Je ne connaîtrai jamais une Alice. J’ai connu une Becca. Elle n’a rien saboté. J’ai tout saboté.

Et si une autre Alice croise mon chemin. Peut-être qu’elle est déjà venue, mais, je ne l’appellerais pas une Alice, peut-être que parce que je l’ai connu, et je l’ai tenu.
Les Alice sont des créatures éphémères, magiques et inatteignables. Je glorifie ces créatures de mystère. Si je ne peux même pas tenir à ma Becca, il est clair que je ne tiendrai jamais à une Alice.

D’où viennent ces créatures? Elles vont où? Sont-elles heureuses? Les questions pertinentes.

Si je dis que je ne regrette pas, je mens. Peut-être que j’avais déjà perdu toute confiance. Mon destin aurait du être lié à celui de Becca.

Je ne voulais pas une créature éphémère, et une Alice ne l’est pas, pas forcément. Elle est éphémère parce qu’elle est déçue par les compromis que la vie exige.

J’aime regarder ce que j’ai écrit au travers de l’eau dans un verre. Si ce que j’ai écrit est, par hasard, au sujet d’une Alice, tant mieux.

De toutes les Alice, toi, tu étais la plus pure, toi, qui étais devant ma porte. Tu brisais le silence d’un après-midi tranquille. Tu lui as éclaté comme du verre, et j’ai adoré cette distraction. Je ne sais pas qui t’a connu, qui t’a touché, qui t’a tenu. L’inconnu crée le mystère. Une Alice est nécessairement mystérieuse. Je ne dénouerai jamais le mystère des Alice, et je ne connaîtrai jamais une autre.

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